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Couverture

Entre les rives du cinéma de terreur et le continent des séries télés créneau adolescence en fleurs, les passerelles se font de plus en plus nombreuses. Transfuges de "La vie à cinq", les comédiennes Neve Campbell et Jennifer Love Hewitt se relaient dans, respectivement, Scream et Souviens-toi... l'été dernier. Espiègle Monica de "Friends", Courteney Cox plonge également dans les baignoires d'hémoglobine des slashers de Wes Craven. Des slashers générés sur le papier pas Kevin Williamson, l'homme du rapprochement des genres, de la coexistence pacifique.
Kevin Wiliamson prote effectivement deux chapeaux. Sous le premier il écrit Scream,   Scream 2, Souviens-toi...l'été dernier, puis travaille quasi-officieusement sur Halloween, 20 ans après. Coiffé de sa seconde casquette, il image la teen-série "Dawson", pour laquelle il s'associe à Steve Miner (réalisateur du dernier Halloween, justement). Pour laquelle encore il recrute les comédiennes Michelle Williams (Halloween, justement) et Katie Holmes (qui tient la vedette de Killing Mrs. Tingle, une comédie d'humour nour qui marque aussi ses débuts de mise en scène)... Ce qui tend à signifier que "Dawson" baigne dans des références cinématographiques plus particulièrement orientées vers le fantastiques et le frisson. On ne se refait pas, et Kevin Williamson ne tient pas vraiment à changer son fusil d'épaule : ce qui fonctionne dans l'axe de la caméra de Wes Craven peut aussi fonctionner dans un programme télé. Il suffit de s'adapter aux circonstances. Sa culture et son goût du clin d'oeil, Kevin Williamson les fait partager aux protagonistes de cette version provinciale de "Beverly Hills 90210". Mais en bien mieux.

APPEL DU PIED
Dans les premiers épisodes de "Dawson", Kevin Williamson donne le ton. Un ectrait de Psychose, le tournage d'un court métrage gore poupé sur L'étrange créature du Lac Noir, les affiches de Souviens-toi... l'été dernier et de Scream, un allusion très pointue aux Monstres de la mer (une série B produite par Roger Corman)... Au fil des intrigues, l'averse de private-jokes baisse cependant en intensité, même s'il s'y glisse un épisode indépendantiste, pratiquement en marge de la série, "The Scare" en VO et "Petits "screams" entre amis" en VF. Flanqué de son zélé lieutenant Steve Miner, Kevin Williamson joue à Monsieur Cinéma. D'ailleurs, Monsieur Cinéma c'est Dawson lui même, qui donne son nom à la série. Dans le rôle : James Van Der Beek, qui triomphe actuellement sur les écrans américains dans Varsity Blues, une comédie située dans le milieu du football universitaire.
Grand cinéphile devant l'éternel, Dawson vénère Steven Spielberg, dispose par ordre décroissant de succès les affichettes de ses films dans le dressing de sa chambre... Quand il ne fréquente pas le lycée, Dawson Leery travaille, tel le Quentin Tarantino d'avant Reservoirs dogs, dans un vidéo-club. Ce qui lui permer de mesurer sa science du cinéma avec son meilleur ami,

Pacey Witter (Joshua Jackson, présent au générique d'Un élève doué). Evidemment, lorsqu'une jolie cliente vient à lui demander conseil, ce grand dadais de Pacey lui recommande vivement la vision soit d'Un été 42, soit du Lauréat. Deux films où un adolescent et un jeune homme vivent des histoires d'amours avec des femmes nettement plus âgées qu'eux. Ce que Pacey applique à cette clinte pas insensible du tout à son charme, une certaine Tamara Jacobs, qui quelques minutes plus tard, se révèle être son professeur dans le lycée du secteur ! Et l'ado, cinéphile de la Saint-Valentin, compte parmi les élèves de sa classe...
Dawson, de son côté, craque pour Jenniger Lindley, nouvelle venue dans cette petite bourgade su Massachussets qu'est Capeside. D'extraction new-yorkaise, elle s'adapte tant bien que mal à la vie provinciale. Notamment à une grand mère un brin bigote qui amerait bien traînet à l'église tous le dimanche matins. Autonome, prématurément femme, Jennifer tente d'oublier dans la quiétude de Capeside un passé houleux constitué de mauvaises fréquentations, de délinquance, d'alcool et de débauche. Ses douloureux souvenirs, elle tente de les effacer de sa mémoire. En vain. Dans le premier épisode de la série, Joey Potter est sa grande rivale. Amie de Dawson depuis sa plus tendre enfance, elle jalouse Jennifer, lui concocte quelques tours pendables... Avant de s'en faire une grande amie.

DOUCE ENFANCE
Ainsi va la vie dans "Dawson". Elle évolue, change, collectionne illusions et désillusions, bonheurs et douleurs, bourdes et heureuses initiatives. Rien en commun avec l'immobilisme standardisé des séries californiennes. Si "Dawson" obtient ce succès aux Etats-Unis (au point de pulvériser l'audimat d'"Urgences" et de "Buffy contre les vampires"), c'est d'ailleurs parce que le public s'y est reconnu, s'est identifié avec des protagonistes en prise avec la réalité. Ce réel dont Kevin Williamson fut le témoins : sa série se nourrit de son adolescence dans un petite ville, de ses premiers émois amoureux, des potins en circulation, de ses amitiés, des soupçons d'adultère... D'où un réalisme, une simplicité constante, de tous les épisodes, inégaux d'ailleurs après d'excellents débuts. Aucun atome crochus avec les récits alambiqués des séries commerçantes qui draguent le public des 14-25 ans, y compris lorsqu'entrent en scène des personnages secondaires, à l'instar des parents obsédés sexuels de Dawson, de l'artiste torturé Jack McPhee, d'Andie, sa soeur instable et cette garce d'Abby... Tous attachants, tous très justement croqués par un Kevin Williamson lucide. Et ce n'est pas fini : pour la télé, il planche actuellement sur "WestLand", version âge mûr de "Dawson".

Par Marc Touillec